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Pénurie d'enseignants et cours particuliers en Europe

Ce que disent les sources européennes sur le manque d'enseignants et les cours particuliers : chiffres sourcés, limites des données et conseils pratiques.

Dans de nombreuses écoles européennes, les classes manquent d’enseignants qualifiés, en particulier dans certaines matières. Dans le même temps, beaucoup de familles font appel à des cours particuliers ou à des cours à domicile. Faut-il y voir un lien direct ? Avant de répondre, regardons ce que disent des sources officielles et académiques, avec leurs chiffres et leurs limites.

Cet article s’appuie sur deux documents consultés en octobre 2026 : un briefing du Service de recherche du Parlement européen (EPRS, avril 2024) et une étude du chercheur Mark Bray sur le soutien scolaire privé en Europe. Les sources sont listées en fin d’article, et nous précisons à chaque fois l’année des données, parce que certaines sont anciennes.

Ce que dit le Parlement européen sur la pénurie

Le briefing de l’EPRS, intitulé Teachers: Key to achieving the European education area, est clair : la pénurie d’enseignants est « un problème répandu » dans l’Union européenne. Il l’explique par plusieurs facteurs combinés : peu d’inscriptions en formation initiale, des départs de la profession, un corps enseignant vieillissant et un métier devenu moins attractif.

Quelques repères chiffrés, tous cités dans ce document :

  • En 2021, les enseignants de moins de 30 ans représentaient 8 % des effectifs du primaire et du secondaire dans l’UE, contre 39 % pour les 50 ans et plus (données Eurostat).
  • Selon l’enquête TALIS de 2018, seulement 17,7 % des enseignants de l’UE estimaient que leur profession était valorisée.
  • Le rapport 2023 de la Commission européenne indique que les salaires des enseignants étaient en moyenne 10,5 % plus bas que ceux des travailleurs diplômés du supérieur.
  • Les pénuries sont plus fortes dans certaines disciplines : les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, les langues, l’informatique et l’accompagnement des élèves à besoins spécifiques, ainsi que dans certaines zones, comme les régions rurales ou défavorisées.

Le briefing note aussi que presque tous les États membres ont adopté des politiques pour y répondre, et que certains pays (Bulgarie, Lituanie, Roumanie) ont augmenté les salaires de 20 % à 70 % ces dernières années, des hausses réduites par l’inflation.

Une précaution importante : le document rappelle que les méthodes de mesure varient d’un pays à l’autre, ce qui rend difficile une comparaison chiffrée unique. Méfiez-vous donc des titres qui annoncent un « nombre de postes vacants » identique pour toute l’Europe.

Cours particuliers : ce que montrent les études

De son côté, Mark Bray, spécialiste du soutien scolaire privé, a dressé un panorama dans l’ECNU Review of Education, pour les 28 pays de l’Union de l’époque. Il appelle ce phénomène « l’éducation de l’ombre » : des leçons payantes, en dehors des heures de classe, qui suivent le programme scolaire.

Il précise que ces données proviennent de sources dispersées, avec des méthodes et des dates différentes : ce sont des repères, pas un classement. Quelques exemples cités dans l’étude :

Pays Donnée Année / source citée
France 14,1 % des élèves recevaient des cours particuliers enquête nationale de 2011
Allemagne 6 % des élèves du primaire et 18 % du secondaire données de 2013
Grèce 84 % des 18-24 ans interrogés à Athènes avaient fréquenté des établissements de soutien privé enquête de 2007
Royaume-Uni 41 % des 11-16 ans à Londres et 27 % ailleurs avaient déjà reçu des cours particuliers enquête de 2018
Pays-Bas dépenses des ménages en soutien privé en hausse de 160 % entre 2005 et 2016

Pour la Belgique, l’étude ne fournit pas de chiffre récent : elle cite seulement des travaux plus anciens décrivant un marché du soutien privé en expansion rapide. Nous n’avons donc pas de statistique belge fiable à vous donner ici, et nous préférons le dire.

Les deux phénomènes sont-ils liés ?

C’est la question que l’on se pose naturellement, et la réponse honnête est : ces sources ne permettent pas de l’affirmer. Mark Bray identifie d’autres moteurs de la croissance des cours particuliers : des traditions anciennes dans le sud de l’Europe, les changements économiques en Europe de l’Est, la marchandisation de l’éducation à l’Ouest, et la concurrence autour des examens et de l’accès à l’enseignement supérieur.

Il note aussi que même dans des classes bien dotées, comme au Royaume-Uni, un enseignant « n’a tout simplement pas le temps » de donner à chaque élève un accompagnement individualisé. Les parents se tournent alors vers le secteur privé, et ces élèves ne sont pas toujours en difficulté : certains cherchent à progresser davantage.

Une pénurie d’enseignants dans une matière donnée peut, logiquement, pousser des familles à chercher de l’aide ailleurs. Mais cela reste une hypothèse plausible, pas un résultat démontré par ces études.

Un risque : l’égalité des chances

Bray souligne que le soutien privé a des côtés positifs : il peut aider un élève à rattraper un retard ou à développer ses talents. Mais il pose une question d’équité, car tout le monde n’a pas les moyens de payer. Lorsque l’accompagnement devient une norme, comme il le décrit pour la Grèce ou Malte, les familles qui ne peuvent pas suivre risquent de se retrouver en position défavorable.

Pour une famille, cela signifie qu’il faut décider avec méthode, sans céder à la pression : le fait que « tout le monde en prend » ne prouve pas que votre enfant en a besoin.

Comment choisir un cours particulier ou un cours à domicile

Si vous décidez d’en prendre, quelques réflexes simples évitent les déceptions :

  1. Identifier le besoin précis : une notion mal comprise, une échéance (examen, entrée dans un cycle), un manque de méthode ou de confiance. Un objectif clair permet de mesurer l’efficacité.
  2. Parler à l’enseignant de l’élève : il sait où se situent les difficultés réelles et peut orienter le travail.
  3. Vérifier le parcours de l’intervenant : formation, expérience, références, et qualité de la pédagogie plus que le diplôme seul.
  4. Tester avant de s’engager : une première séance d’essai, puis un bilan après quelques semaines.
  5. Comparer le coût total : tarif horaire, frais de plateforme éventuels, conditions d’annulation.
  6. Garder du temps pour le travail autonome : le cours particulier ne remplace pas la pratique personnelle.

Pour apprendre à votre rythme, notre article sur les cinq principes pour apprendre à apprendre et celui sur la technique Feynman aident aussi à rendre un élève plus autonome.

Cours en ligne ou à domicile ?

Les cours en visioconférence se sont banalisés : ils évitent les trajets, élargissent le choix d’intervenants, notamment pour les langues, et peuvent coûter moins cher. Le cours à domicile garde l’avantage de la présence physique, utile pour les plus jeunes ou pour les élèves qui décrochent facilement devant un écran. Aucune formule n’est supérieure en soi : le meilleur format est celui que l’élève suit régulièrement.

Pour les langues, nous détaillons les options dans notre guide pour choisir une application ou un cours de langue, et pour comparer des offres plus larges, voyez notre article sur la plateforme d’apprentissage en ligne.

Et si l’on apprend soi-même ?

Pour les adolescents et les adultes, une partie du soutien peut venir d’un travail structuré : planifier ses révisions avec un calendrier, utiliser les cartes de révision et s’entraîner sur des exercices. Notre guide pour organiser ses révisions avant un examen donne une méthode pas à pas.

À retenir

Les sources européennes confirment que le manque d’enseignants est réel et répandu, avec des écarts selon les pays, les matières et les régions. Les études montrent aussi que les cours particuliers sont devenus courants dans de nombreux pays, mais rien ne prouve que l’un explique l’autre. Pour une famille, la bonne approche reste de partir d’un besoin précis, de tester avant de s’engager et de ne pas confondre aide ponctuelle et solution miracle.

Pour structurer l’accompagnement à la maison, récupérez ci-dessous le guide gratuit : il rassemble des techniques d’apprentissage à appliquer dès cette semaine.

Sources

  • Binder K., Teachers: Key to achieving the European education area, briefing EPRS, Parlement européen, avril 2024 : lire le PDF.
  • Bray M., Shadow Education in Europe: Growing Prevalence, Underlying Forces, and Policy Implications, ECNU Review of Education : lire l’article.

Ces documents sont en anglais ; les traductions des passages cités sont de notre rédaction. Données consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Y a-t-il vraiment une pénurie d'enseignants en Europe ?

Oui, selon le Service de recherche du Parlement européen (avril 2024), qui s'appuie sur le rapport 2023 de la Commission européenne : la pénurie est un problème répandu dans l'Union. Elle varie toutefois selon les pays, les matières et les régions.

La pénurie d'enseignants explique-t-elle la hausse des cours particuliers ?

Les sources consultées ne le démontrent pas. Le chercheur Mark Bray attribue la croissance du soutien privé à plusieurs forces : traditions nationales, concurrence autour des examens, marchandisation de l'éducation. La pénurie peut aggraver la demande, mais ce lien causal n'est pas établi.

Les cours particuliers sont-ils indispensables pour réussir ?

Non. Ils peuvent aider à combler une lacune précise ou à préparer une échéance, mais ils ne sont pas nécessaires pour tous. Commencez par identifier le besoin exact et parlez-en avec l'enseignant de votre enfant.

Comment choisir un cours particulier de qualité ?

Définissez un objectif précis, demandez le parcours et les références de l'intervenant, testez une première séance avant de vous engager et vérifiez le prix total et les conditions d'annulation. Un suivi régulier de la progression est un bon signe.